l'écriture durant les vacances
- emievarentz

- il y a 1 jour
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Quand on écrit, il y a une question qui revient souvent au moment des vacances : est-ce qu’il faut continuer à écrire… ou s’autoriser à tout lâcher ?
Et comme souvent, la réponse n’est ni totalement l’une, ni totalement l’autre.
Parce que si tu écris un roman, si tu travailles sur un projet d’écriture, si ton cerveau a tendance à fabriquer des scènes pendant que tu coupes des tomates ou que tu regardes les nuages, il est rarement possible de “mettre l’écriture sur pause” comme on éteint une lampe. Les histoires continuent de vivre quelque part en fond.
Elles s’infiltrent entre deux siestes, au détour d’un trajet en train, dans une odeur de crème solaire ou une conversation entendue à la terrasse d’un café.
Mais en même temps, les vacances ne sont pas censées devenir un stage intensif où tu dois absolument écrire 2 000 mots par jour sous peine de trahir ton destin littéraire.
Alors comment faire ? Comment continuer à nourrir son imaginaire, ses personnages, ses idées, sans retomber dans une logique de performance, de rendement ou de “travail déguisé en détente” ?
J’avais envie de te parler de ça aujourd’hui : de cette zone douce entre le repos et la création. De l’écriture pendant les vacances, oui, mais d’une écriture qui respire.
L'écriture durant les vacances
1. Accepter que ne pas écrire soit parfois… une manière d’écrire
Je commence par ce point, parce que je le trouve essentiel : tu n’es pas obligé d’écrire tous les jours pour rester un auteur.
Je sais, dit comme ça, ça peut sembler presque hérétique dans un monde où l’on nous répète sans arrêt qu’il faut “être régulier”, “tenir un rythme”, “ne jamais perdre la main”, “écrire même quand on n’a pas envie”, “rentabiliser son été”, “profiter des vacances pour avancer sur son roman”, et probablement aussi “boire huit verres d’eau par jour” pendant qu’on y est.
Mais la vérité, c’est que l’écriture ne passe pas uniquement par le moment où tu poses des mots sur une page. Elle passe aussi par l’observation, la digestion, l’ennui, la rêverie, la lecture, les sensations, les silences, les images qui s’accrochent sans prévenir.
Parfois, ne pas produire permet justement de laisser infuser.
Les vacances peuvent servir à ça : à sortir un peu du “faire” pour revenir au “sentir”. À écouter ce qui remue en toi sans lui demander tout de suite de devenir un chapitre propre et bien rangé.
Si tu reviens de vacances avec seulement une émotion, une phrase griffonnée sur un ticket de caisse, une idée de décor et un dialogue à moitié bancal noté dans ton téléphone, ce n’est pas “rien”. C’est peut-être déjà une réserve précieuse pour la suite.
2. Remplacer les objectifs de production par des objectifs de récolte
Si tu veux garder un petit lien avec ton projet sans te mettre la pression, il y a une astuce que j’aime beaucoup : pendant les vacances, troque les objectifs de production contre des objectifs de récolte.
Autrement dit, au lieu de te dire :
“Il faut que j’écrive 15 000 mots en août.”
“Je dois finir le chapitre 12 avant la rentrée.”
“Je vais profiter de mes congés pour refaire tout mon plan.”
essaie plutôt quelque chose comme :
“Je vais récolter 10 idées de scènes.”
“Je vais noter les phrases ou images qui me traversent.”
“Je vais observer les gens, les lieux, les sensations qui pourraient nourrir mon roman.”
“Je vais me laisser du temps pour penser à mes personnages sans exiger qu’ils soient immédiatement productifs.”
La différence peut sembler minime, mais en réalité elle change beaucoup de choses.
Quand tu es en mode récolte, tu n’es plus dans une logique de performance. Tu es dans une posture plus souple, plus curieuse, plus vivante. Tu te comportes moins comme un salarié de ton propre roman et davantage comme quelqu’un qui tend l’oreille au monde.
Et franchement, l’été est un terrain de jeu fabuleux pour ça.
3. Tenir un carnet de vacances… mais version écrivain
Je ne parle pas forcément d’un journal intime ultra discipliné où tu raconterais chaque journée dans les moindres détails. Je parle plutôt d’un carnet de récolte sensible.
Un carnet où tu peux noter :
une phrase entendue dans le train,
la façon dont la lumière tombe sur un mur à 19h,
une odeur qui te rappelle un personnage,
une dispute familiale observée de loin,
la sensation du sable collé aux chevilles,
un prénom croisé sur une plaque de boîte aux lettres,
un détail de vêtement,
une réplique qui pourrait servir plus tard,
un souvenir d’enfance revenu sans prévenir.
L’idée n’est pas de “bien écrire” dans ce carnet. Encore moins de faire quelque chose de publiable. L’idée, c’est d’avoir un endroit où déposer la matière brute.
Tu peux aussi y consacrer des pages thématiques :
Exemple :
Page 1 : idées de dialogues
Page 2 : détails sensoriels
Page 3 : idées de scènes pour mon roman
Page 4 : choses qui me rappellent tel personnage
Page 5 : émotions que j’aimerais écrire un jour
C’est un moyen simple de continuer à construire ton univers sans te lancer dans de longues sessions d’écriture. Et le bonus, c’est qu’en septembre, quand tu retourneras à ton manuscrit, tu auras déjà une petite réserve d’images, d’ambiances et de pistes à réutiliser.

4. Partir en vacances avec une question, pas avec une to-do list
Si tu veux garder un lien avec ton projet sans emporter toute ta charge mentale avec toi, tu peux choisir une seule question d’écriture à emmener en vacances.
Pas dix. Pas un tableau Excel. Pas un plan détaillé en 48 points. Juste une question.
Par exemple :
Pourquoi mon héroïne refuse-t-elle vraiment de rentrer chez elle ?
Qu’est-ce qui manque à mon antagoniste pour devenir plus humain ?
Quel est le vrai cœur émotionnel de mon roman ?
Pourquoi cette scène ne fonctionne-t-elle pas ?
Qu’est-ce que mon personnage n’ose pas dire à sa mère ?
Est-ce que mon histoire parle de deuil, de transmission, de liberté… ou de tout autre chose encore ?
L’idée, c’est de laisser cette question t’accompagner doucement, sans forcer. Tu n’as pas besoin de “résoudre” le problème tout de suite. Tu peux simplement le garder quelque part en arrière-plan, comme une pierre dans ta poche.
Et souvent, la réponse arrive au moment où on s’y attend le moins : en marchant, en nageant, en visitant un musée, en regardant un paysage défiler derrière une vitre.
Parce que ton cerveau continue de travailler, même quand toi tu as l’impression de ne rien faire. Et heureusement.
5. Marcher : activité sous-cotée, très bon carburant à idées
Il y a une raison pour laquelle tant d’auteurs ont marché pour réfléchir. Parce que marcher aide à penser. Ou parfois, plus précisément, à laisser les idées remonter sans les forcer.
Tu n’as pas besoin de faire une randonnée de six heures avec gourde, bâtons et mollets en feu. Une promenade tranquille suffit largement. Le but n’est pas de battre un record, mais de laisser ton esprit se mettre en mouvement avec ton corps.
Tu peux partir marcher :
avec une question liée à ton roman,
avec un personnage en tête,
ou sans rien du tout, juste pour voir ce qui vient.
Certaines personnes aiment marcher en se racontant leur histoire à voix basse. D’autres imaginent des dialogues. D’autres encore se contentent de laisser surgir des images.
Et si une idée arrive, tu peux la noter dans ton téléphone, t’envoyer un vocal, ou l’écrire sur un carnet une fois rentré. Pas besoin de transformer la balade en séance de brainstorming agressive. L’idée, c’est justement de laisser de l’air.
6. Lire, mais autrement
Les vacances sont souvent l’occasion de lire davantage. Et ça peut devenir une manière très douce de nourrir son écriture, à condition de ne pas transformer chaque lecture en masterclass analytique de 45 pages.
Tu peux bien sûr lire pour le plaisir, simplement pour le plaisir, et c’est déjà énormément. Mais si tu veux t’en servir aussi pour ton écriture, tu peux garder en tête une ou deux petites questions toutes simples :
Pourquoi ce début me donne-t-il envie de continuer ?
Qu’est-ce que j’aime dans la voix de ce narrateur ?
Pourquoi cette scène me touche-t-elle ?
Comment cet auteur gère-t-il le rythme, les ellipses, les descriptions ?
Qu’est-ce que je n’aime pas… et pourquoi ?
Pas besoin de faire une fiche de lecture universitaire. Tu peux juste noter une ou deux choses dans ton carnet : une phrase que tu trouves brillante, un procédé que tu aimerais tester, un type de chapitre qui t’inspire.
Et si tu lis un livre dans un lieu qui fait écho à ton propre univers, c’est encore mieux. Lire un roman sur les falaises en regardant la mer, relire Peter Pan à Londres, emporter un journal intime dans un vieux train écossais… ce genre de petites correspondances nourrit parfois plus qu’on ne l’imagine.

7. Utiliser les vacances pour rencontrer son décor
Si ton roman se déroule dans une ville, une région, un type de paysage ou un lieu que tu peux visiter pendant l’été, les vacances peuvent devenir une occasion en or de rencontrer ton décor en vrai.
Pas forcément pour “faire des recherches” au sens scolaire du terme. Mais pour sentir.
Sentir :
comment le vent circule dans une rue,
quelle couleur a la pierre à certaines heures,
comment sonne une gare,
à quoi ressemble une pluie d’été sur un port,
ce qu’on entend dans un jardin public,
ce que ça fait d’entrer dans une maison ancienne,
quelle odeur flotte dans une boutique, une église, une bibliothèque, un bord de mer.
Tu peux prendre des photos, oui. Mais je te conseille aussi de prendre des notes sensorielles. Parce qu’une photo te montrera une façade ; une note te rappellera peut-être qu’il faisait lourd, qu’un enfant pleurait derrière toi, qu’un chien aboyait au loin, et que les volets étaient d’un vert presque effacé. Et c’est souvent ce genre de détails qui donne chair à un décor dans un roman.
8. Se faire des mini-rendez-vous d’écriture… très légers
Si tu sais que tu te sens mieux quand tu gardes un petit rituel, tu peux prévoir des mini-rendez-vous d’écriture pendant tes vacances. Mais vraiment mini. Le but n’est pas de reconstituer ton planning habituel sous un parasol.
Par exemple :
10 minutes le matin pour écrire une scène libre,
15 minutes le soir pour noter ce que la journée a réveillé en toi,
un café en terrasse + une page de carnet,
une promenade + un vocal sur ton personnage principal,
une fois par semaine, un moment plus long pour relire tes notes.
Le mot-clé, ici, c’est souplesse.
Tu n’as pas besoin de t’y tenir coûte que coûte. Tu n’as pas besoin de culpabiliser si un jour tu préfères manger une glace en regardant la mer plutôt que réfléchir à la structure de ton chapitre 9. Les vacances ne sont pas là pour te punir de ne pas être productif.
Mais parfois, garder un fil léger permet de ne pas se sentir totalement coupé de son projet.
9. Écrire “à côté” du roman
L’été peut aussi être le moment parfait pour écrire sans pression de résultat, à côté de ton gros projet principal.
Par exemple :
une lettre écrite par ton personnage à quelqu’un qu’il n’enverra jamais,
un souvenir d’enfance de ton héroïne,
une scène coupée,
une description de lieu,
un dialogue sans contexte,
une liste des peurs de ton personnage,
un “et si…” complètement absurde juste pour t’amuser,
un texte à la première personne pour tester sa voix,
une page de journal intime de ton antagoniste,
une scène qui ne sera peut-être jamais dans le roman, mais qui t’aide à mieux comprendre un lien.
J’adore ce type d’exercice en vacances, parce qu’il permet de rester dans l’univers sans avoir la pression du “ça doit servir dans la version finale”.
On écrit pour explorer, pas pour performer. Et souvent, c’est justement là que surgissent les trouvailles les plus intéressantes.

10. Laisser les vacances faire leur travail de vacances
Je termine par ce point parce qu’il me semble important : parfois, la meilleure chose que tu puisses faire pour ton écriture pendant les vacances, c’est simplement te reposer.
Dormir.Lire sans prendre de notes.Regarder les gens.Rire.Aller nager.Faire des puzzles si ça t’amuse.Ne pas penser à ton intrigue pendant trois jours.T’ennuyer un peu.Laisser ton cerveau se déplier.
Ce n’est pas “perdre du temps”. Ce n’est pas être moins sérieux dans ton travail d’auteur. Ce n’est pas abandonner ton projet.
C’est juste reconnaître que l’écriture a besoin d’un terreau vivant. Et que ce terreau, ce n’est pas seulement le travail. C’est aussi le repos, les sensations, les souvenirs, les imprévus, les jours flous, les respirations.
On ne remplit pas une page uniquement avec de la discipline. On la remplit aussi avec ce qu’on a vécu, observé, aimé, traversé, gardé en soi.
Alors si cet été tu n’écris pas autant que prévu, ce n’est pas forcément un échec. Peut-être que tu es simplement en train de remplir le réservoir.
Et parfois, c’est exactement ce qu’il fallait.
En résumé : écrire en vacances, oui… mais autrement
Si je devais résumer tout ça en une phrase, ce serait peut-être celle-ci : les vacances peuvent nourrir ton écriture sans devenir un prolongement de ton bureau.
Tu n’as pas besoin d’emmener toute ta charge mentale dans ta valise. Tu n’as pas besoin de rentabiliser chaque après-midi libre. Tu n’as pas besoin de revenir avec un premier jet terminé, trois synopsis et une stratégie éditoriale.
Tu peux simplement :
récolter des idées,
tenir un carnet,
observer,
marcher,
lire,
noter des sensations,
écrire de petits textes à côté,
laisser une question travailler en fond,
ou même ne rien faire du tout pendant quelques jours.
Et malgré tout ça, ou grâce à tout ça, continuer à avancer.
Parce qu’une histoire ne se construit pas seulement devant un écran.Elle se construit aussi dans une gare, au bord d’une route, dans un musée trop chaud, dans une conversation volée, dans un carnet froissé, dans un souvenir qui remonte sans prévenir, ou dans ce moment étrange où tu regardes la mer en pensant à un personnage comme s’il voyageait avec toi.
Et toi, tu écris pendant les vacances… ou tu préfères couper complètement ?




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