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les 6 conseils en écriture de JM Barrie

  • Photo du rédacteur: emievarentz
    emievarentz
  • il y a 2 jours
  • 10 min de lecture

Quand on pense à J.M. Barrie, on pense souvent à Peter Pan, à Neverland, à l’enfance, à la poussière de fée et aux garçons perdus.


On pense moins souvent à l’écrivain au travail. À l’homme qui doute, qui piétine dans son bureau, qui rature, qui recommence, qui cherche pendant des années la bonne forme pour une histoire.


Et pourtant, Barrie a beaucoup à nous apprendre sur l’écriture.


Pas parce qu’il aurait laissé derrière lui un manuel en dix étapes pour devenir auteur à succès, malheureusement, ce genre de trésor n’existe pas.


Mais parce que sa vie, sa façon de travailler, ses hésitations, sa discipline et même ses blocages racontent quelque chose de très juste sur ce que c’est, au fond, qu’écrire.


Alors aujourd’hui, j’avais envie de partager avec toi les 6 conseils d’écriture inspirés de JM Barrie. Non pas comme des règles gravées dans le marbre, mais comme des pistes, des rappels, des petits cailloux semés sur le chemin pour celles et ceux qui écrivent… ou qui rêvent d’écrire.


Les 6 conseils d’écriture de JM Barrie

(et pourquoi ils sont encore précieux aujourd’hui)


Tu es déjà écrivain, même si tu n’as jamais été publié

1. Les idées ne tombent pas du ciel


On a parfois cette image romantique de l’écrivain frappé par l’inspiration comme par un éclair divin : une idée tombe du ciel, il s’assoit, écrit un chef-d’œuvre, fin de l’histoire.


Spoiler : chez Barrie, ça ne se passait pas du tout comme ça.


Comme beaucoup d’auteurs, il lui arrivait d’avoir plein d’idées sans réussir à trouver la bonne. Ou plutôt : la bonne idée, le bon angle, le bon moment, la bonne manière de la faire exister sur la page ou sur scène. Il pouvait tourner autour d’un projet longtemps avant d’en saisir enfin le cœur.


À Londres, dans son appartement d’Adelphi Terrace, Barrie avait l’habitude de marcher sans relâche dans son bureau, la pipe à la bouche, en regardant la Tamise par la fenêtre, en espérant qu’une idée finisse par se laisser apprivoiser. Il parlait souvent à voix haute, testait des phrases, des débuts de scènes, des pistes… avant parfois de se raviser quelques minutes plus tard.


Sa secrétaire et amie Cynthia Asquith raconte d’ailleurs dans Portrait of Barrie un moment très parlant. Le 2 novembre 1918, elle note :


« Alors que Barrie faisait sa promenade habituelle après le dîner, il se mit à me dire à quel point il désirait ardemment pouvoir se remettre à écrire. Bien que sa tête fourmillât d'idées de pièces, il se plaignait de ne parvenir à en choisir aucune en particulier. »


Je trouve ce passage presque rassurant. Même Barrie, même après des années de carrière, même après le succès, connaissait cette sensation frustrante d’avoir plein de graines en main sans savoir laquelle planter.


Et même lorsqu’il avait trouvé, il prenait encore du temps pour laisser mûrir l’histoire. Peter Pan en est sans doute l’exemple le plus frappant : entre les premières idées et la première représentation de la pièce, il s’écoule huit ans. Huit ans pendant lesquels l’histoire évolue, se cherche, se transforme, s’affine.


Alors si toi aussi tu tournes autour d’un projet depuis des mois — voire des années — sans réussir à l’attraper complètement, ce n’est pas forcément le signe que tu n’y arriveras pas. C’est peut-être juste le signe que ton histoire est encore en train de se construire.


Parfois, écrire commence bien avant le premier mot posé sur le papier.


2. Trouver le bon format pour son histoire


Un roman ? Une pièce ? Une novella ? Une nouvelle ? Un récit plus intime ? Un texte plus dialogué ?

On parle souvent de l’idée, mais moins souvent de la forme. Pourtant, la forme change tout.


Barrie a écrit 14 romans et environ 50 pièces de théâtre. Autant dire qu’il connaissait bien la question. Et justement, on lui a souvent demandé comment il décidait si une histoire devait devenir un roman ou une pièce.


Sa réponse à Cynthia Asquith est passionnante :

« Au demeurant, je me rends compte aujourd'hui que je ne peux plus, comme je le faisais autrefois, écrire alternativement des livres et des pièces. Il ne m'arrive jamais de me demander si tel thème conviendrait mieux à une pièce ou à un livre ; si un sujet semble se prêter à l'un, il m'est impossible, du moins pour moi, de le destiner à l'autre. Et je dois dire, à mon grand regret, que depuis quelque temps toutes mes idées semblent tendre vers le même débouché : malgré moi, elles se structurent toutes en scènes et en actes. »


Autrement dit : le format s’impose parfois de lui-même.


Je trouve cette idée précieuse, parce qu’elle enlève un peu de pression. Tu n’es pas obligé de forcer une histoire à devenir un roman si elle appelle le théâtre. Tu n’es pas obligé de la transformer en trilogie si, au fond, elle tient mieux dans un texte court. Et tu n’as pas besoin de choisir le “bon” format en fonction de ce qui se vend le mieux, de ce qui est à la mode, ou de ce que les autres font autour de toi.


Parfois, il faut juste écouter la forme qui frappe à la porte.


Est-ce que ton histoire arrive d’abord par des scènes ? Par des dialogues ? Par une voix intérieure ?Par une ambiance ?Par un personnage qui parle sans s’arrêter ?


Tout cela peut te donner des indices.


Barrie l’avait compris : on ne raconte pas toutes les histoires de la même manière. Certaines veulent des chapitres. D’autres veulent un rideau qui se lève.


Et souvent, quand tu trouves le bon format, une partie du reste se met en place presque toute seule. Bon, “presque” est un mot important ici. On parle quand même d’écriture, pas d’un miracle.


3. Attendre le livre qui est déjà en toi


Il y a une image de Barrie que j’aime énormément : celle du livre qui existe déjà à l’intérieur de soi.

Dans une conversation avec Cynthia Asquith, il dit :

« Je suis ravi que Charles et toi pensiez que je pourrais avoir un autre livre en moi. »


Ce n’est pas une “méthode” à proprement parler, mais cette phrase dit quelque chose de fondamental sur son rapport à l’écriture. Pour Barrie, un livre n’était pas seulement un projet qu’on choisit sur une liste d’idées.


C’était parfois quelque chose qui devait te traverser, te porter, s’imposer à toi jusqu’à ce que tu n’aies plus vraiment d’autre choix que de l’écrire.


Je crois que tous les auteurs connaissent ça, à leur manière.


Cette sensation qu’une histoire devient de plus en plus présente. Qu’elle s’installe. Qu’elle revient le matin, au moment de dormir, sous la douche, en marchant, en regardant le ciel, en buvant un café devenu froid. Elle prend de la place. Elle insiste. Elle te suit. Elle ne te laisse pas complètement tranquille.


C’est souvent là qu’on comprend qu’on tient quelque chose.


Pas forcément une intrigue parfaite, ni un plan détaillé, ni même un titre. Mais un noyau vivant. Un livre en gestation. Une nécessité.


Je ne dis pas qu’il faut attendre la “grande vocation mystique” avant de se mettre au travail, sinon on risquerait de patienter longtemps. Mais je crois qu’il y a quelque chose de très juste dans cette idée : les histoires les plus fortes sont souvent celles qui te travaillent autant que tu les travailles.


Quand un livre te remue assez pour que tu ne puisses plus l’ignorer, écoute-le.


Tu es déjà écrivain, même si tu n’as jamais été publié


4. Réfléchir en dialogues… et les faire sonner à voix haute


S’il y a bien une chose que Barrie faisait beaucoup, c’était penser en dialogues.


Avec les années, et surtout à mesure qu’il écrivait de plus en plus pour le théâtre, sa manière de construire ses histoires passait énormément par la voix. Il imaginait des échanges, testait des répliques, les disait à haute voix, les faisait rouler dans sa bouche pour voir si elles tenaient debout.


Et non, cette méthode n’est pas réservée aux dramaturges.


Même si tu écris un roman, une nouvelle, un récit historique ou une fantasy peuplée de dragons dépressifs, faire entendre tes dialogues à voix haute peut changer énormément de choses. Tu entends tout de suite si une phrase sonne faux, si elle est trop écrite, trop longue, trop moderne, trop explicative, trop “auteur” et pas assez “personnage”.


Barrie le faisait souvent. Il lui arrivait de jouer ses dialogues devant quelqu’un, de les dire, de les corriger en direct, de les reprendre jusqu’à ce qu’ils aient le bon rythme. Plus jeune déjà, il aimait faire lire ses textes à voix haute à ses proches, et notamment à sa mère, qui fut l’un de ses plus grands soutiens jusqu’à sa mort en 1895.


Et au fond, c’est logique. Avant d’être imprimée, une phrase est aussi un souffle. Une musique. Un mouvement.


Alors si tu bloques sur un dialogue, un passage de tension, une déclaration, une dispute, ou même un monologue intérieur, fais un test très simple : lis-le à voix haute. Ou mieux encore, joue-le. Mets un peu de théâtre dans ton salon. Tu n’es pas obligé de sortir la cape et le projecteur, mais tu peux au moins laisser les mots passer par ta bouche.


Tu verras très vite ce qui vit… et ce qui sonne comme un meuble Ikea mal monté.


5. Se faire une place et créer son réseau


On aime parfois imaginer l’écrivain comme une créature solitaire vivant uniquement d’encre, de café et de souffrance artistique. C’est très joli sur une photo Pinterest. Dans la vraie vie, c’est un peu plus nuancé.


Quand J.M. Barrie arrive à Londres vers 1885, il ne débarque pas avec une couronne de laurier sur la tête et un tapis rouge déroulé jusqu’à sa machine à écrire. Il arrive avec de l’ambition, du travail, des textes… et surtout la volonté de se faire une place.


Il écrit pour la presse, fréquente le milieu journalistique, cherche à nouer des liens, observe, apprend, rencontre des gens. Il se rapproche d’auteurs qu’il admire, comme George Meredith, et plus largement de tout un réseau littéraire et artistique qui va peu à peu lui ouvrir des portes.


Ce sont aussi ces contacts, ces échanges, ces rencontres, qui l’aideront à se tourner plus sérieusement vers le théâtre. Pas uniquement parce qu’on lui a “offert” une carrière, évidemment, Barrie a travaillé comme un acharné, mais parce qu’un réseau, ce n’est pas seulement une carte de visite ou un carnet d’adresses. C’est aussi un lieu où circulent des idées, des opportunités, des conseils, des encouragements, parfois même des déclics.


Et Barrie en avait conscience. Vers la fin de sa vie, il reconnaissait avoir eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment.


Je trouve ça important à rappeler, parce qu’on sous-estime souvent la force des contacts quand on écrit. Non pas dans une logique opportuniste du type “je vais me faire des amis pour vendre mon livre”, mais dans une logique de communauté.


Rencontrer d’autres auteurs, parler avec des libraires, échanger avec des lecteurs, aller dans des salons, écrire à des gens qu’on admire, oser envoyer un message, construire peu à peu un environnement autour de son travail… tout cela compte.


L’écriture se fait souvent seul. Une carrière d’auteur, beaucoup moins.


6. Ne jamais arrêter d’écrire


S’il fallait ne garder qu’un seul conseil de Barrie, ce serait peut-être celui-là : continuer.


Avant d’être le nom associé à Peter Pan, Barrie était un jeune homme écossais qui voulait vivre de sa plume à Londres. Il n’avait pas suivi de “formation d’auteur” au sens où on l’entend parfois aujourd’hui. Il avait bien obtenu son Bachelor of Arts à l’université d’Édimbourg, mais il n’existait pas de parcours tout tracé pour devenir écrivain. Il a donc fait ce que font beaucoup d’auteurs au départ : il a écrit. Puis réécrit. Puis encore écrit.


  • Des textes courts.

  • Des articles de presse.

  • Des nouvelles.

  • Des romans.

  • Des pièces en un acte.

  • Des pièces plus longues.

  • Des essais de ton, de forme, de rythme.


Il a forgé sa plume sur le tas. À force de pratique. À force de travail. À force d’essais plus ou moins réussis. À force d’obstination, aussi. Et quand on lit ce qu’il a écrit entre ses débuts et la fin de sa carrière, ça se sent, et ça se voit.


Barrie lui-même ne s’y trompait pas. Dans son discours prononcé au dîner du Club des auteurs, le 12 décembre 1932, alors qu’il a 72 ans et une longue carrière derrière lui, il rend un hommage délicieux au travail acharné :

« Je suis tombé amoureux du travail acharné par un beau matin de mai, et j’ai continué à la courtiser pendant un bon demi-siècle. Elle n’a pas du tout les joues lourdes et l’air fatigué. Elle est jeune, gaie et pleine de vie. Je l’ai trouvée qui m’attendait à une gare londonienne. Elle m’a accompagné jusqu’à Bloomsbury, et en chemin, nous avons acheté une bouteille d’encre à un penny pour la lancer à Metropolis, ainsi qu’un chapeau de soie pour impressionner les rédacteurs en chef. »


J’aime énormément cette image, parce qu’elle dit quelque chose de très juste sur Barrie : il n’a pas seulement aimé écrire, il a aimé travailler à écrire. Chercher, recommencer, essayer, se tromper, affiner. Bref, construire sa plume phrase après phrase.


Et c’est comme ça qu’il a fini par trouver son timbre, son regard, sa musique intérieure. Pas du jour au lendemain. Pas en claquant des doigts. Pas parce qu’un génie littéraire est venu lui souffler : « Tiens James, voilà ta voix d’auteur, prends-en soin. » Non. Il l’a construite en écrivant encore et encore.


Je trouve ce point profondément réconfortant.


Parce que si tu écris aujourd’hui et que tu as l’impression d’être maladroit, de ne pas encore avoir trouvé ton style, de ne pas être au niveau, de tâtonner dans le noir… tu n’es pas en train d’échouer. Tu es peut-être simplement en train de faire ce que Barrie a fait lui aussi : apprendre en écrivant.


Il n’y a rien de plus formateur que la pratique.


Alors oui, lis. Observe. Nourris-toi. Forme-toi si tu en ressens le besoin. Mais surtout : n’arrête pas d’écrire.

Même quand c’est bancal.Même quand tu doutes.Même quand le texte n’est pas à la hauteur de ce que tu imaginais.Même quand tu as l’impression de n’avancer qu’à la petite cuillère.


Continue.


Parce que chaque texte t’apprend quelque chose. Chaque projet affine ton oreille. Chaque phrase t’emmène un peu plus près de ta propre voix.



Tu es déjà écrivain, même si tu n’as jamais été publié

Ce que Barrie nous rappelle, au fond


J’aime Barrie parce qu’il ne me donne pas l’image d’un auteur “génial” tombé du ciel avec son talent déjà prêt à l’emploi. Il me donne l’image de quelqu’un qui cherche, qui travaille, qui doute, qui écoute ses histoires, qui change de forme quand il le faut, qui fait confiance au temps, qui s’entoure, et surtout qui continue.


Et je crois que c’est une excellente nouvelle pour nous.


Parce que cela veut dire qu’écrire n’est pas réservé à une poignée d’élus nés avec une plume magique dans la main. Cela veut dire qu’on peut construire sa voix. Qu’on peut mettre du temps à trouver la bonne idée.


Qu’on peut hésiter entre un roman et une pièce. Qu’on peut avoir besoin de lire ses dialogues à voix haute dans sa cuisine comme un acteur un peu possédé. Qu’on peut commencer modestement, tâtonner, se tromper, recommencer, et finir par trouver son chemin.


Alors si tu écris, ou si tu rêves d’écrire, garde peut-être ces six conseils quelque part dans un coin de ton bureau — entre un carnet, une tasse de thé et un vieux stylo qui fuit un peu.


Et surtout, n’oublie pas : même Peter Pan a mis huit ans à apprendre à voler.

 
 
 
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