Trouver la voix d’un mort : l’art d’écrire à la première personne
- emievarentz

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Écrire à la première personne est déjà un exercice délicat quand il s’agit d’un personnage fictif.
Mais écrire à la première personne pour quelqu’un qui a réellement existé, et qui plus est quelqu’un dont la voix a traversé plus d’un siècle… c’est un tout autre voyage.
C’est un peu comme tendre l’oreille dans le silence, en espérant entendre un murmure. Ou comme marcher dans des pas qui ne sont plus là, mais dont la poussière flotte encore.
C’est exactement ce que j’ai vécu en écrivant Retrouve-moi à Neverland.
Trouver la voix d’un mort :
l’art d’écrire à la première personne

Prêter sa voix à quelqu’un qu’on admire
Quand j’ai commencé à écrire ce roman, je devais répondre à une question fondamentale : comment raconter un homme comme Barrie sans parler à sa place ?
Je ne voulais pas lui imposer ma voix. Je voulais retrouver la sienne. Pas celle des interviews, pas celle des lettres officielles, mais la voix intérieure.
Celle qui n’apparaît nulle part… mais qu’on devine partout.
Une voix pleine de pudeur, de fantaisie, d’humour retenu, d’ombres parfois très anciennes.
C’est pour ça que la première personne s’est imposée. Parce qu’elle me permettait d’être au plus près de son souffle, de son regard, de ses silences.
La première personne comme acte d’empathie
Écrire du point de vue d’un mort, ce n’est pas de l’imitation. Ce n’est pas non plus du mimétisme littéraire.
Pour moi, c’est un acte d’écoute.
J’ai passé des mois à lire, relire, annoter, chercher. À plonger dans les biographies, dans les lettres, dans les souvenirs de ceux qui l’ont connu.
À essayer de saisir les micro-expressions émotionnelles qu’on devine entre deux lignes.
À comprendre ses contradictions, ses peurs, sa manière unique de se raconter… ou de ne pas se raconter.
Et puis un jour, sa voix a commencé à remonter. Pas en grand fracas, non. Plutôt comme une petite source : discrète, mais continue.
C’est à ce moment-là que le roman a réellement commencé.
Trouver un ton : ni imitation, ni anachronisme
La grande question, quand on écrit à la première personne pour un auteur disparu, c’est l’équilibre : comment être fidèle sans devenir figée ?
Je savais que je ne pouvais pas copier son style. Déjà parce qu’il est inimitable.
Mais surtout parce que mon but n’était pas d’écrire “comme lui”. Mon but était d’écrire depuis lui.
Alors j’ai fait un choix qui pourrait sembler paradoxal : écrire au présent simple.
Ce temps permettait de ramener Barrie dans le maintenant. De lui donner un espace vivant, en mouvement.
De sortir la biographie de la vitrine et de la remettre dans la main du lecteur, chaude, vibrante, humaine.
Et la première personne devenait le pont : Je vois, je sens, je me souviens… mais avec la couleur intérieure de Barrie.

Entre réalité et émotion
Dans Retrouve-moi à Neverland, chaque scène respecte les faits historiques.
Mais la première personne permet de donner à ces faits quelque chose que les archives ne peuvent pas offrir : leur texture émotionnelle.
Un regard. Une pensée. Une hésitation. Une joie un peu maladroite. Une fugue intérieure.
Je voulais que tu puisses ressentir ce que lui a potentiellement ressenti. Que tu puisses voir son monde de l’intérieur, même dans les moments où l’Histoire ne dit rien.
Parce que la biographie, c’est la colonne vertébrale. Mais la première personne, c’est le cœur qui bat.
Écrire pour lui… et avec lui
Je ne prétendrai jamais avoir “parlé” pour Barrie.
Mais j’espère lui avoir offert quelque chose : un espace pour respirer encore un peu.
Quand j’ai écrit ce roman, je me suis souvent dit que les morts n’ont pas besoin qu’on parle à leur place. Ils ont besoin qu’on écoute les traces qu’ils ont laissées.
En trouvant la voix de Barrie, j’ai peut-être trouvé une part de la mienne.
Et si tu lis Retrouve-moi à Neverland le 15 juin 2026, j’espère que tu sentiras, toi aussi, ce fil invisible : celui qui relie une voix réelle à une voix de papier, un auteur disparu à une lectrice d’aujourd’hui, et une histoire ancienne à ton propre imaginaire.

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Publication prévue de "retrouve-moi à Neverland" le 15 juin 2026




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