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Parler à mon père - Sansa Stark (GOT)

  • Photo du rédacteur: emievarentz
    emievarentz
  • 31 juil. 2024
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 oct. 2024

Hello Everyone ! :)


J'ai une nouvelle fois basculé de registre. J'aime bien innover, aller dans des endroits où l’on ne m'attendrait pas nécessairement. Cette fois-ci n'échappera pas à la règle. Je vous emmène donc à Westeros, plus particulièrement à Winterfell. Cette OS est centrée sur le personnage de Sansa Stark, après les événements de la saison 8 de Game of Thrones.


[!] Il est conseillé d'être  à jour sur les 8 saisons pour le lire, afin de ne pas être spoiler.  [!]


L'idée de cet OS met venue en m'interrogeant sur ce que Nedd Stark pourrait penser de la nouvelle reine du Nord, s'il était encore en vie. C'est donc Sansa qui tentera de répondre elle-même à cette question durant ce petit récit, "parler à mon père" dans sa tête.


Comme toujours, n'hésitez pas à me confier tes impressions en commentaire. 


Bonne lecture, 


Emie <3



parler à mon père

C'est étrange de voir à quel point notre perception des choses évolue avec les années. Je me souviens que ce visage sculpté dans le tronc de l'arbre me faisait peur étant enfant. Pourtant, me voilà désormais face à lui. Mes genoux reposent sur ma cape, me protégeant de l'amas de verdure humide. Je ferme un instant les yeux, tout en prenant une ample inspiration. Tout comme tu l'as fait par le passé. Le souvenir me submerge. J'ai la sensation que c'était hier quand tu m'as offert ma dernière poupée. Tu voulais me procurer du réconfort, mais j'ai fui, ne voulant rien entendre.


Je ne demeurais plus entièrement une enfant, mais pas complètement une adulte. Je fronce un peu plus les paupières. Je me concentre, mais en vin. Ton visage m'apparaît de plus en plus flou avec le temps. Je conçois mieux pourquoi, tu aimais te réfugier ici. Le bois sacré est si paisible. L'unique lieu où je peux me retrouver, solitaire, face à moi-même et les fantômes du passé. Mes réflexions y trouvent de l'accalmie sous les yeux de l'arbre cœur et l'ouïe des anciens dieux de la forêt.


J'ai honte, tu sais. Je les ai reniés tant d'années. Mon expérience à Port-Réal m'a détourné de ma foi. Je n'ai pu renouer avec elle qu'il y a peu. Tellement de choses se sont produites depuis ton départ. Si tu étais encore parmi nous, de chair et de sang, j'ignore si tu reconnaîtras notre monde. Probablement. Tu as toujours su voir en l'humanité ces plus grands défauts.


Si seulement j'avais su ce que je sais à présent. J'aurai pris le temps, ce jour-là, d'accepter ton présent. Je t'aurai pris dans mes bras, te remercier pour tout ce que tu as fait pour nous, pour moi. J'aurai oublié toutes tes erreurs, les miennes, celles qui nous empêchaient de nous comprendre. Mais quand j'ouvre les yeux, la réalité se rappelle à moi. Il n'y a plus rien que je puisse faire, pour distinguer une dernière fois ta voix. Quelquefois, je souhaite juste entrer dans ma chambre, celle qui vous a appartenu, à toi et maman, crier vos noms, vous appelez. Mais personne ne me répond.


Dire "Au revoir", renoncez, est souvent difficile, beaucoup trop. Je me sens souvent nostalgique, brisé de l'intérieur. Je suis désolée de t'avoir blâmé pour tout ce que je n'ai pas su faire. J'ai été une enfant naïve et rêveuse. J'étais inapte à entrevoir les conséquences de mes actes. Je pensais candidement que chacun était comme moi, bon et honnête. Je n'apercevais pas les réflexions qui t'ont amené à nécessiter la décision de fuir Port-Réal. Je n'avais pas ta hardiesse et ton honneur. Je n'étais qu'intéressé, égoïste. Si cela avait été différent, peut-être serais-tu encore parmi nous.


Je ferme à nouveau les yeux. Il n'y a rien que je ne saurai faire, pour te voir te tourner vers moi et plonger mon regard dans le tien. Une larme silencieuse s'écoule sur ma joue pâle. Me dirais-tu que j'ai eu tort d'avoir cru les paroles séduisantes de Joffrey et Cersei pour que tu aies la vie sauves ? Je n'ai jamais su discerner ta méfiance à leur égard. À cette famille et cet idéal que je croyais pouvoir atteindre à mon tour. M'en veux-tu des décisions que j'ai prises pour survivre ?


Je n'ai jamais eu ta droiture d'âme et ton sens de la justice. Il m'a fallu ravaler ma fierté et mon honneur, si peu que j'en avais. Je me souviens du jour où j'ai reçu le pendentif aux motifs des Lannister. C'est le seul présent que m'a fait Joffrey pour se racheter. Mais c'était spécialement pour endormir ma rancune et soudoyer ma fidélité envers la couronne. Tels les fers qu'on enroule autour des poignets d'un prisonnier, j'étais à leur merci, prise au piège.


Après ton exécution, j'ai regretté, chaque instant, cet éloignement de Winferfell, sans savoir si je reverrai ces lieux un jour. Le rêve que je croyais réaliser s'est transformé en cauchemars. Cet idéal que je m'étais fixé était défraîchi, envoler telle une élancée de corbeau. Mon bonheur était à Winterfell. Mais il a fallu qu'on me l'arrache pour que je m'en rende compte. Partir, m'extraire des murs du Donjon rouge était devenue une obsession. Même à la suite de mon mariage avec Tyrion Lannister, j'éprouvais sans cesse cette sensation d'étouffer, de demeurer l'objet, le jouet d'un manipulateur.


Je ne peux nier que la mort de Joffrey a été une délivrance. Mais j'ai promptement déchanté. J'ai quitté une prison pour en intégrer une autre, sans cesse sous la coupe d'un homme trop ambitieux tel que lord Baelish et enfin de Ramsay Bolton. J'ai appris à mes dépens à ravaler mes larmes, sauvé les apparences. Approuver, garder la tête haute et sourire. Ce même si le cœur n'y est pas. Ce petit organe qui bat dans ma poitrine, si brisée et meurtrie par les années.


Je ne suis pas fière de mes mensonges, de mes tromperies envers ma tante. Mais j'espère que le prix de la vie de l'homme qu'elle aimait, les réunir dans l'autre monde sera apaiser sa querelle. Mais surtout la mienne, envers moi-même. Je te le jure. Je ne voulais pas la froisser, libère sa fureur. Même l'amour peut faire bâtir des folies. Les sentiments troublent notre jugement et nous détournent de nos ambitions.


Je regrette d'avoir été contrainte de cacher ma chevelure ébène, irritée de mère. Je l'avais perpétuellement dénigré, la jugeant trop indisciplinée. Je rêvais d'endosser la chevelure dorée et soyeuse des Lannister. Je ne dois plus la dépeindre comme un fardeau, mais une force, une part de moi et de mon identité.


Plus que Cersei et Margaery Tyrell, il m'a fallu du temps pour apprendre à observer, écouter avant de disposer mes pions sur l'échiquier du jeu des trônes pour agir. Les belles paroles camouflent une lourde ambition politique. Je ne souhaitais pas en faire partie. Je n'aspirai qu'à rentrer chez moi, loin de ces joutes de pouvoir.


Mais j'ai dû joindre mes forces à la partie, malgré moi. On m'a toujours dessiné le chemin que je devais suivre. Cependant, lorsque j'ai pu enfin décider par moi-même, m’extériorisée dans ce monde patriarcal, mes propres aspirations se sont révélées. Elles éclairent ma route, telle l'unique source de chaleur qui m'anime. Je me retrouvai enfin complète. De fillette, j'ai affirmé mon statut de femme indépendante, noble et fière de mon ascendance. 


Je n'ai gardé qu'un seul véritable amour dans ma vie. Celui de ma terre, ma ville, mes racines, ma famille. Je ne me suis jamais senti autant Stark que loin de tout, telle une pauvre louve coincée dans une cage dorée. Malgré les autres cicatrices déposées sur mon corps tel que Ramsay Bolton a su le faire, j'ai gardé la tête haute.


Blessé dans mon intimité, mon rôle de femme, telle la faille qu'il a conçue en moi. Je suis salie, meurtrie dans mon amour-propre. Mais je ne devais pas faiblir. Je ne pouvais laisser Winterfell entre les mains d'un tel barbare. Notre maison mérite un meilleur souverain. Je ne savais pas vers qui me tourner. Mais j'étais assurée d'une chose, j'étais prête à tout pour aboutir à mes fins. Cette ambition me faisait peur, parfois. J'obtenais la sensation de m'approcher des tempéraments de ces femmes que j'ai tant haïes par le passé.


Mais tu ne peux détenir rien sans rien dans cette vie. Je ne regrette pas les batailles que j'ai menées, les vies que j'ai prises. Est-ce un crime d'infliger la mort lorsqu'il s'agit d'homme impitoyable tel que Ramsay Bolton ? Dis-moi, père, ai-je eu tort d'établir ma propre justice ? Une brise de vent remue mes cheveux. Est-ce là ton unique réponse ? Une part de moi vous en veut. Une tempête de ressentiment s'initie entre mes entrailles.


Mes doigts se resserrent entre eux, emmêler en une prière contre mon menton. Je peux sentir mes jointures blanchir. Pourquoi ne m'avez-vous pas inculqué des valeurs plus concrètes plutôt que la couture, le chant ou l'équitation ? J'aurais aimé connaître certaines de ces notions avant de m'aventurer dans la vie. Un soupir s'échappe de mes lèvres comme pour éloigner la tension de mon être. Je dois également reconnaître, je ne vous aurai pas accordé une oreille attentive à l'époque.


Pardonnez-moi. Je ne devrais pas vous rejeter la faute. Mes expériences en la vie m'ont forgé et métamorphosé. Au demeurant, dois-je réellement regretter mon passé ? C'est lui qui a fait de moi ce que je suis à présent, me fournissant les armes nécessaires, être digne de la couronne que je porte sur la tête.


Il serait malsain d'essayer de revenir en arrière, faire reculer le temps.J'entrouvre mes prunelles, les mêmes qu'a maman. Elles glissent autour de moi. La végétation peine à repousser à la suite de l'hiver. Mais la saison froide va revenir, c'est incontestable. Tu nous le répétais sans cesse, papa. L'hiver vient, inlassablement. Tout comme les coups cinglants de la vie, les choix draconiens et les responsabilités de ma nouvelle fonction.


Mes iris se dressent vers le ciel. Le vent fait battre les quelques feuilles de l'arbre cœur. Des cris de loups s'élèvent à l'horizon. Même si je suis revenue depuis le temps de notre départ pour Port-Réal, pourras-tu m'aider à comprendre pourquoi Winferfell me paraît si vide ? La vie ne l'anime plus comme autrefois, où vous étiez tous encore là, bien en vie. Robb, Rickon, maman et toi. Même Theon Greyjoy me rattachait à notre foyer.


Me regardes-tu de là-haut ? Es-tu fière de ce que je suis devenue ? Approuves-tu l'indépendance récente du Nord ? Tu peux être comblé par les avancées de Bran. Il n'est pas aisé de reconstruire un royaume si durement meurtri par les dernières guerres. J'ai reçu récemment un corbeau d'Arya. Elle poursuit la réalisation de ses songes.


Elle n'était pas faite pour une vie de cour et de lady, entre les murs d'un château. Nous avons appris à nous estimer davantage, elle et moi. Cela doit te surprendre, père. Toi qui as dû si souvent mettre un terme à nos luttes fraternelles. Mon cœur de sœur craint pour elle. Sa présence me manque. La réception de chacune de ces lettres représente un soulagement.


Je me délecte de chacun de ces récits d'aventures. Toutefois, je détiens peu de nouvelles de Jon depuis son départ au-delà du mur, ou de ce qu'il en reste. Ayant connaissance de sa véritable affiliation, j'admire le courage dont tu as fait preuve toutes ses années durant. Mère, a-t-elle perçu tes confessions de là-haut ? Son âme maternelle doit en être apaisée.


Elle ne doit plus le détester. Jon n'est pas un Snow, il est autant un Stark qu'un Targaryen. Un cousin inespéré, l'unique preuve vivante d'un amour maudit. Le détourner d'une telle vérité pour lui assurer une vie sauve, une mission faite pour l'honorable Nedd Stark. Même si pour cela, il devait mourir avec le plus grand secret de l'histoire. Toutefois, Jon a invariablement détenu plus tes qualités que moi. 


Je doute perpétuellement. En avais-tu aussi en tant qu'ambassadeur du Nord ? Mes responsabilités en tant que reine du Nord m’assiègent de toute part. Notamment la demande du peuple de me marier, dans le but de donner un héritier à la couronne.


Pour que la nouvelle dynastie que je souhaite fonder perdure, je détiens peu d'alternatives. Mais je ne peux taire cette crainte sourde d'être à nouveau sous la coupe d'un homme. Le pouvoir que j'exerce a été si durement gagné, que le partager me révulse. Je ne désire plus être dans l'ombre d'une figure masculine. Disposerais-tu des réponses ?


Un soutien à m'apporter ? Si seulement je pouvais avoir une journée de plus. Je te dirai à quel point, tu me manques, chaque jour de mon existence que nous donnent nos dieux, depuis ta disparition. Je suis désolée de t'avoir blessée, de ne pas avoir su témoigner mon affection, telle une fille à son père. Et pour toutes les autres choses que je n'ai pas sues réalisées. J'ai souffert et tu as souffert à ton tour à travers moi.


- Votre majesté.


La voix du mestre perce ma bulle. J'entrouvre les yeux lentement, comme pour conserver au maximum cette aura protectrice autour de moi. Je sais que c'est à toi que je la dois. Je ravale ma salive, m'éclaircissant la voix.


- Oui ?


- Le conseil est réuni dans la grande salle. Ils vous attendent.


Un soupir s'échappe de mes lèvres. Je prends sur moi. Je me redresse. J'empoigne ma cape déposée à mes pieds. Je la renoue autour de mon cou. Malgré la saleté déposée par l'humidité, je ne perds pas de ma prestance. Tel un automate, je tourne le buste vers mon interlocuteur. D'une voix morne et monotone, je lui accorde ma réponse.


- J'arrive de ce pas.


Le mestre effectue une révérence peu confiante avant de repartir en marche arrière. Jugeant la distance suffisamment éloignée, il me donne le dos pour regagner la cour du château. J'accorde un dernier coup d'œil à l'arbre cœur pour y puiser mon courage. Je me demande quel autre défit va se dresser sur ma route.


Les dieux, en ont-ils une vague idée ? Je l'ignore. Mais je me doute que ça ne peut pas être fini. Ça ne finira jamais. Il n'y aura pas de point final à l'histoire, comme dans les chansons et les contes fabuleux de vieille Nan. Le monde, le vrai monde, est fait ainsi.

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