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L'incroyable histoire de la première de la pièce de J. M. Barrie

Photo du rédacteur: emievarentz
emievarentz
12 oct.
6 min de lecture

Aujourd'hui, Peter Pan est l'un des personnages les plus célèbres de la littérature et du théâtre.

Son nom évoque immédiatement Neverland, les enfants perdus, le capitaine Crochet, Clochette ou encore le célèbre vol au-dessus de Londres.


Pourtant, lorsque James Matthew Barrie imagine cette histoire au début du XXᵉ siècle, rien ne laisse présager qu'elle deviendra un classique. Bien au contraire : le projet paraît irréalisable. Plusieurs producteurs refusent la pièce, les défis techniques semblent insurmontables, les répétitions tournent parfois au cauchemar et la première est même reportée après un accident.


Derrière la magie de Peter Pan se cache une aventure humaine et artistique fascinante. Voici comment une œuvre que beaucoup considéraient comme impossible est entrée dans l'histoire du théâtre.


L'incroyable histoire de la première de la pièce de J. M. Barrie



Une idée que personne ne comprend


En 1904, James Matthew Barrie est déjà un dramaturge reconnu à Londres. Ses comédies rencontrent le succès et son nom attire le public. Il pourrait continuer à écrire des pièces dans la même veine.

Mais depuis plusieurs années, (presque 8 ans) une autre histoire grandit en lui.


Inspirée par les jeux des frères Davies dans les jardins de Kensington, cette histoire parle d'un garçon qui refuse de grandir, qu'il a déjà commencé à créer dans quelques chapitres du roman "Le Petit Oiseau Blanc", paru en 1902. Il y ajoute une île imaginaire, des pirates, des fées et des enfants perdus.


Le problème est que personne ne sait réellement comment définir cette œuvre.

  • Est-ce une pièce pour enfants ?

  • Pour adultes ?

  • Une comédie ?

  • Une tragédie ?

  • Une fable ?


Même aujourd'hui, Peter Pan échappe aux catégories. En 1904, cette singularité désoriente complètement les professionnels du théâtre.


Le premier grand refus : Beerbohm Tree n'y croit pas


Avant de trouver un producteur, Barrie présente son manuscrit à Herbert Beerbohm Tree, l'un des plus grands directeurs de théâtre anglais.


La réponse est sans appel.


Selon plusieurs témoignages rapportés dans les biographies de Barrie, Tree considère que le projet est pratiquement impossible à monter. Une île imaginaire, des enfants qui volent, des pirates, un crocodile poursuivant le capitaine Crochet avec une horloge dans le ventre… tout cela lui paraît beaucoup trop extravagant pour une scène de théâtre.


Beaucoup d'auteurs auraient renoncé. Barrie doute énormément. Mais il continue car cette histoire lui tient à cœur.


Charles Frohman voit ce que les autres ne voient pas


Barrie décide alors de se rendre à New York afin de rencontrer son producteur américain, Charles Frohman.


Fait peu connu : il n'apporte pas uniquement Peter Pan. Il arrive avec deux manuscrits. Le premier est une pièce beaucoup plus classique, susceptible de rencontrer facilement son public : "Alice site by the fire". Le second est Peter Pan.


Barrie lui-même pense que cette pièce risque de perdre beaucoup d'argent. Il présent presque son projet comme une folie et explique qu'il a écrit une seconde pièce afin de compenser les pertes éventuelles.


Charles Frohman lui demande alors de lire ses manuscrits à voix haute. Or Barrie ne se contente jamais de lire. Il interprète. Il change de voix, joue les personnages, mime leurs gestes et transforme son bureau en véritable scène de théâtre.


À la fin de cette lecture, Frohman prend une décision historique. Il produira les deux pièces.


Plus encore, il comprend que Peter Pan possède quelque chose d'unique : une émotion nouvelle que le théâtre n'avait encore jamais proposée.


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Un spectacle techniquement impossible


Accepter de produire Peter Pan n'est pourtant que le début de l'aventure. La mise en scène pose un problème inédit. Barrie veut que les enfants volent réellement.


Aujourd'hui, les effets spéciaux numériques rendent cette idée presque banale. En 1904, elle relève de la science-fiction.


Les ingénieurs et les machinistes doivent inventer un système totalement nouveau permettant aux acteurs de décoller du sol tout en donnant l'illusion d'un vol naturel.


C'est ici qu'intervient George Kirby.


George Kirby : l'homme qui a permis à Peter Pan de voler


George Kirby est maître charpentier de scène. Barrie lui demande une chose qui semble irréalisable : faire voler plusieurs acteurs sans que le public remarque les câbles.


Plutôt que de déclarer cela impossible, Kirby cherche une solution.


Il conçoit un système de harnais plus léger et plus rapide à utiliser, qui révolutionnera les effets de vol au théâtre et servira de modèle à de nombreuses productions de Peter Pan pendant des décennies.


Mais inventer la technique ne suffit pas. Encore faut-il apprendre à voler.


Les répétitions : apprendre à voler… au sens propre


Les acteurs doivent désormais répéter suspendus dans les airs. Ils apprennent à garder leur équilibre, à jouer tout en étant reliés à des câbles, à contrôler leurs mouvements et à faire confiance aux machinistes.


Les harnais blessent les épaules, le dos et les hanches. Les journées de répétition sont physiquement éprouvantes.


Pourtant, une fois sur scène, rien de tout cela ne doit se voir. Le public ne doit percevoir qu'une chose : la magie.


L'incroyable histoire de la première de la pièce de J. M. Barrie

Barrie réécrit sa pièce jusqu'au dernier moment


Contrairement à l'image que l'on se fait parfois d'un dramaturge, Barrie ne remet pas simplement son texte aux acteurs.


Il assiste quotidiennement aux répétitions. Il observe les silences. Les regards. Le rythme des dialogues.

Il réécrit constamment.


Chaque matin, les comédiens découvrent de nouvelles pages, des scènes déplacées ou des répliques modifiées.


Pour certains acteurs, cette méthode est déstabilisante. Pour Barrie, une pièce n'est jamais vraiment terminée avant la première représentation. Et même après celle-ci, il continuera à modifier Peter Pan.


Des costumes et une mise en scène pensés comme un monde vivant


Barrie accorde également une grande importance aux costumes. Ils ne doivent pas seulement être beaux.

Ils doivent raconter une histoire. Les enfants Darling, les Garçons perdus, les pirates ou encore Nana sont conçus pour paraître réels, presque familiers.


L'auteur s'inspire notamment des frères Davies, dont les jeux et les attitudes nourrissent depuis longtemps son imaginaire.


Son objectif n'est pas de créer un conte abstrait, mais un monde où le merveilleux semble pouvoir exister à côté du quotidien.


Quelques jours avant la première, tout menace de s'effondrer


Alors que la première approche, les difficultés s'accumulent. Les décors ne sont pas terminés.

Les changements de scène prennent beaucoup trop de temps.


Le système de vol reste fragile. Les acteurs sont épuisés. Puis survient un accident.


Un ascenseur mécanique du théâtre s'effondre, endommageant une partie des décors. Heureusement, personne n'est blessée, mais la production comprend immédiatement que le spectacle n'est pas prêt.


La première, initialement prévue le 22 décembre 1904, est reportée au 27 décembre.


Une décision risquée, mais indispensable.


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Le 27 décembre 1904 : la naissance de Peter Pan


Lorsque le rideau se lève enfin au Duke of York's Theatre, Barrie est envahi par le doute. Il craint moins l'échec commercial que l'incompréhension.


Comprendra-t-on que Peter Pan parle autant du deuil, du temps qui passe et de la mémoire que de pirates et de fées ?


Une scène l'inquiète particulièrement. Clochette est mourante. Peter demande alors au public :

"Si vous croyez aux fées, frappez dans vos mains."


Craignant un silence gênant, Barrie prévoit même que les musiciens commenceront à applaudir si la salle ne réagit pas. Mais cette précaution s'avère inutile. Les premiers applaudissements retentissent. Puis d'autres.


Bientôt, toute la salle frappe dans ses mains. Clochette est sauvée. Et, d'une certaine manière, Peter Pan l'est aussi. L'actrice qui incarnait Peter Pan est émue sur scène.


Un succès qui entre dans l'histoire


La première se termine sous les rappels. Les critiques, souvent sceptiques avant la représentation, reconnaissent qu'ils viennent d'assister à quelque chose d'inédit.


Rapidement, les représentations affichent complet.


Au fil des années, Peter Pan est repris dans le monde entier, adapté au cinéma, à la télévision, en comédie musicale et dans d'innombrables mises en scène.


Ce qui n'était au départ qu'un projet jugé irréalisable devient l'une des œuvres les plus célèbres de l'histoire du théâtre.


Pourquoi l'histoire de la création de Peter Pan est-elle toujours actuelle ?


Ce qui rend cette aventure si inspirante n'est pas seulement le succès de Peter Pan. C'est tout ce qui l'a précédé. Un auteur qui doute de lui-même.


  • Un producteur qui choisit de faire confiance à son intuition.

  • Des ingénieurs qui inventent des techniques inédites.

  • Des acteurs qui acceptent de souffrir pour rendre la magie crédible.

  • Des dizaines d'artisans dont le travail reste invisible au public.


L'histoire de Peter Pan rappelle qu'une œuvre devenue incontournable a souvent commencé comme une idée jugée impossible.


Et c'est peut-être là sa plus belle leçon : les histoires qui traversent le temps sont parfois celles auxquelles presque personne ne croyait au départ.


L'incroyable histoire de la première de la pièce de J. M. Barrie

Pour aller plus loin...


Si vous aimez découvrir les coulisses de la littérature, du théâtre et de la vie de James Matthew Barrie, vous trouverez sur ce blog d'autres articles consacrés à son œuvre, à son parcours, à l'histoire de Peter Pan et à mon travail de recherche autour de cet auteur qui continue, plus d'un siècle plus tard, à faire dialoguer l'enfance, la mémoire et l'imaginaire.


Vous pouvez aussi lire et retrouver mon roman "Retrouve-moi à Neverland" disponible sur Amazon !


Je détaille davantage sa vie, ses inspirations et toutes ses péripéties des 6 ans de JM Barrie à ses 77 ans.

 
 
 

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