J’ai essayé d’écrire comme J.M. Barrie pendant 24H00
- emievarentz

- 28 juil.
- 5 min de lecture
On connaît J. M. Barrie comme le créateur éternel de Peter Pan, l’homme qui a offert aux enfants du monde entier l’idée qu’on peut voler si l’on croit suffisamment fort.
Mais derrière l’image lumineuse du conteur d’enfance, il y avait un homme aux habitudes étranges, tendre dans sa solitude, rêveur, presque insaisissable.
Alors un jour, j’ai eu envie de faire une expérience : vivre une journée “comme lui”, rythmer mes heures selon ce que l’on sait de sa routine, de ses habitudes, de son rapport à l’écriture, au temps, au silence.
Et cette immersion a changé ma façon d’écrire. Vraiment.
J’ai essayé d’écrire comme J.M. Barrie pendant 24H00. Et voici ce que j’ai appris sur l’écriture grâce à lui.
J’ai essayé d’écrire comme J.M. Barrie pendant 24h00

☕ 1. Le réveil de Barrie : lenteur, thé noir et silence
Barrie se levait tard. Très tard même : souvent entre 9h et 10h. Il entretenait une relation assez floue avec le temps, comme s’il vivait dans une petite bulle où les minutes n’avaient plus vraiment d’importance — peut-être un clin d’œil à son fameux crocodile dans Peter Pan, celui qui avale l’horloge et rythme le destin du capitaine Crochet.
Le matin, il parlait peu. Il lisait son journal, ouvrait ses lettres privées, et laissait à sa secrétaire Cynthia Asquith le soin de gérer le reste : les admirateurs, les obligations professionnelles, les demandes incessantes.
Cynthia, qui l’a accompagné près de vingt ans, connaît sa routine mieux que quiconque. Ce sont ses écrits qui nous permettent aujourd’hui d’apercevoir ses habitudes du quotidien.
Pour m’immerger dans sa peau, j’ai remplacé mon café par un thé noir bien fort, avalé un petit-déjeuner anglais léger…Et, surtout : je n’ai pas parlé jusqu’à midi.
Un silence long, presque inhabituel. Mais un silence fertile.Un silence où les idées se déposent.
Et j’ai compris que Barrie avait besoin de ce calme : c’était pour lui une façon d’apprivoiser la journée.
✍️ 2. Le bureau de l’écrivain : manuscrits, réécritures et écriture méditative
Barrie écrivait dans le silence ou avec les bruits feutrés de Londres en fond.Pour me rapprocher de lui, j’ai diffusé un fond sonore “ASMR Londres ancien” : fiacres, pas sur les pavés, murmures indistincts.
Il écrivait à la main, beaucoup. Il notait tout dans ses carnets : idées, bribes de phrases, observations, dialogues.Puis il réécrivait. Et relisait.Encore et encore.
Une habitude qui lui prenait du temps, car son écriture était difficile à déchiffrer. Barrie était gaucher, mais on l’avait forcé très jeune à écrire de la main droite. En vieillissant, il développa une “crampe d’écrivain” et revint alors à sa main naturelle.
Il disait qu’il écrivait plus “sombrement” de la main gauche. Peut-être voulait-il dire plus viscéralement, plus directement depuis l’intérieur.
Pour ma part, j’ai repris mes carnets, laissé l’ordinateur fermé, et rempli page après page à la main. L’écriture manuscrite a quelque chose d’intime, de lent, d’authentique :on ne peut pas supprimer, effacer, remodeler à l’infini. On avance, tout simplement.
Et je crois que Barrie écrivait pour avancer, lui aussi.
🌳 3. La marche créative : quand les idées viennent en mouvement
Après le déjeuner, Barrie marchait.Parfois seul, parfois accompagné de son chien (dont le plus célèbre, Porthos, un Saint-Bernard, lui inspira le personnage de Nana dans Peter Pan).
Il aimait les parcs londoniens, surtout Kensington Gardens, tout près de chez lui.
C’est là qu’il croisait souvent les frères Llewelyn Davies, ces enfants lumineux qui lui ont soufflé une grande partie des jeux, des dialogues, des imaginaires de Peter Pan.
Alors, j’ai fait comme lui : je suis sortie marcher sans téléphone.Juste un carnet.Juste un stylo.
Un simple déplacement, sans distraction, suffit à éclairer une idée. On comprend mieux pourquoi Barrie disait que ses histoires naissaient en marchant :le monde intérieur se débloque au rythme des pas.
J’ai même eu l’impression, pendant quelques minutes, qu’une petite ombre espiègle volait à mes côtés.

🎭 4. Imaginer comme au théâtre : jouer la scène pour mieux l’écrire
L’après-midi, Barrie retournait à son bureau. Écrivait. Se relisait.Mangeait parfois un carré de chocolat — une petite faiblesse qu’il assumait.
Et surtout :il pensait ses scènes comme du théâtre.
Il jouait les rôles à voix haute, imaginait le public, modulait les dialogues, ressentait les réactions.
Dans sa jeunesse, il lisait ses pièces à sa mère. Plus tard, à sa secrétaire Cynthia, ou aux enfants Davies, assis en cercle autour de lui.
Alors j’ai tenté l’expérience : j’ai pris un de mes chapitres, je me suis levée, et je l’ai lu “comme si c’était joué”.
Un miracle :certaines phrases sonnaient différemment, certaines répliques prenaient vie, certains gestes apparaissaient.
Et j’ai compris pourquoi Barrie avait un style si théâtral, si vivant :il n’écrivait pas seulement “des mots”, il écrivait “des scènes”.
🌙 5. La soirée de Barrie : solitude, lectures et insomnies créatrices
Barrie vivait souvent seul, surtout après son divorce avec l’actrice Mary Ansell en 1909. Il n’a jamais eu d’enfants biologiques, mais il obtint la tutelle des cinq frères Llewelyn Davies après la mort tragique de leurs parents.Ils ne vivaient pas sous son toit, mais faisaient partie de sa vie quotidiennement.
Barrie, chaque soir, rentrait dans son appartement d’Adelphi Terrace — un lieu aujourd’hui encore visible à Londres. Il avait une cuisinière, un majordome, une secrétaire… mais beaucoup de solitude.
Il souffrait d’insomnies.Il se couchait tard. Il lisait beaucoup, souvent jusqu’à s’endormir sur le livre ouvert. Et il notait parfois une phrase, au milieu de la nuit, avant que l’idée ne s’échappe.
J’ai fini ma journée comme lui : en lisant, en relisant mes notes, en écrivant la petite phrase qui arrive quand tout dort autour de soi.
Et ça m’a frappée :Barrie n’écrivait pas pour fuir la vie. Il écrivait pour lui rendre hommage.

📘 Pourquoi j’ai écrit Retrouve-moi à Neverland
Ce roman, c’est ma façon de redonner une voix à un homme qu’on a souvent réduit au cliché du “garçon qui ne voulait pas grandir”.
Pourtant, Barrie a aimé profondément, a souffert, a soutenu, a protégé, a donné les droits de Peter Pan à un hôpital pour enfants… et a laissé derrière lui une œuvre lumineuse et mélancolique.
Retrouve-moi à Neverland est mon hommage à cet homme complexe, généreux et secret.
Un homme qui écrivait pour ne pas oublier.Pour ne pas laisser l’enfant en lui disparaître. Et peut-être pour nous dire que nous aussi… nous pouvons grandir sans trahir celui que nous étions.
✨ Conclusion : Ce que Barrie m’a appris
Après 24 heures à vivre comme lui, j’ai compris deux choses :
L’écriture est une façon de respirer.
Une façon de rester vivant, même dans les silences.
Nous écrivons pour honorer ceux que nous avons été.
Barrie écrivait pour l’enfant qu’il avait perdu.
Et peut-être que chacun de nous écrit pour retrouver quelque chose — une voix, une sensation, un souvenir.
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À très vite,
Et n’oublie pas : écrire, c’est une façon de voler. ✨




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