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Écrire sur la mémoire familiale : comment s’inspirer du réel sans trahir ?

  • Photo du rédacteur: emievarentz
    emievarentz
  • 8 août
  • 3 min de lecture

Écrire à partir du réel, surtout quand il s’agit de mémoire familiale, c’est marcher sur une ligne de crête. Entre fidélité et fiction. Entre respect et invention. Entre le désir de transmettre… et celui de transformer.


Je te parle de ça parce que j’en ai fait l’expérience, à plusieurs reprises. Quand j’ai commencé Héritage entremêlé, je voulais explorer les silences d’une génération, les secrets qu’on garde au nom de la survie, et ce que ces non-dits fabriquent dans nos vies, plusieurs décennies plus tard.


Même chose dans Fil d’argent, où les liens transgénérationnels sont autant spirituels que psychologiques. Ou dans L’ombre de Peter Pan, où la mémoire prend un visage plus intime, plus symbolique aussi, en remontant les traces floues d’une vie passée dans la lumière d’un imaginaire puissant.


Mais comment faire pour raconter une histoire inspirée du réel sans trahir ceux qui nous l’ont confiée — ou nous l’ont fait vivre, parfois sans le vouloir ?


Voici quelques pistes, si toi aussi tu veux écrire autour de ta mémoire familiale (ou celle des autres) sans te brûler les ailes. Écrire sur la mémoire familiale : comment s’inspirer du réel sans trahir


Écrire sur la mémoire familiale : comment s’inspirer du réel sans trahir


Écrire sur la mémoire familiale : comment s’inspirer du réel sans trahir

1. Commence par écouter. Vraiment.


Avant d’écrire, j’ai écouté. Lu. Observé. J’ai tendu l’oreille aux anecdotes banales, aux silences qui pèsent plus lourd que les mots. À ces phrases qui commencent par “je ne t’ai jamais raconté, mais…”


Écouter, ce n’est pas juste récolter de la matière. C’est honorer. C’est dire : ton histoire m’importe. Même si je n’en prends qu’un fragment. Même si je la transforme.


2. Fictionnaliser, c’est protéger.


Non, ton personnage n’est pas exactement ton grand-père.Non, cette scène n’a pas eu lieu comme ça.Et oui, c’est très bien comme ça.


Fictionnaliser, c’est créer une distance respectueuse. C’est pouvoir dire des choses vraies, sans pointer du doigt. C’est parler de la violence, du chagrin, du silence… sans accuser. En les plaçant dans un autre cadre, un autre corps, une autre époque.


Dans Héritage entremêlé, certaines douleurs viennent de récits vrais. Mais elles sont portées par des personnages inventés, qui leur donnent une forme neuve, poétique, parfois même salvatrice.


3. Pose-toi cette question : pourquoi je raconte ça ?


Est-ce pour régler des comptes ? Pour comprendre ? Pour transmettre ?

L’intention change tout.

Quand tu écris pour soulager quelque chose en toi, tu peux y aller plus frontalement. Quand tu écris pour publier, pour partager, pour transmettre, tu dois penser au regard de l’autre. 


Pas pour t’auto-censurer, mais pour t’ajuster.


Et parfois, ça veut dire changer des prénoms. Des dates. Des lieux. Ou attendre un peu. L’écriture, c’est aussi du timing.


Écrire sur la mémoire familiale : comment s’inspirer du réel sans trahir

4. Autorise-toi l’émotion. Pas le déballage.


Tu peux mettre ton cœur dans chaque phrase. Tu dois même.Mais il y a une différence entre dire “voilà ce que j’ai ressenti” et “voilà tout ce qu’il/elle m’a fait vivre”.


Le premier invite à la résonance. Le second enferme.

L’émotion ne vient pas de la quantité de détails vrais.


Elle vient de ce qu’ils éveillent chez le lecteur. Et ça, tu peux l’obtenir même avec un personnage 100% inventé, si tu y mets ton vécu sensible.


5. Laisse une part de mystère. Même à toi.


Tu n’as pas besoin de tout comprendre pour écrire. Ni de tout dire. Ni de tout dévoiler.


Tu peux laisser des trous, des brèches, des blancs.Comme dans la vraie vie. Comme dans la mémoire. Parce que la mémoire, justement, n’est jamais pure. Elle est filtrée. Réécrite. Sélective.


Et parfois, ce flou, cette incertitude, est plus touchante qu’une vérité brutale.



📝 Petite astuce en bonus : la double grille


Quand je suis perdue entre “trop vrai” et “pas assez fidèle”, je me pose deux questions :

  • Est-ce que ce que j’écris est juste pour moi ?

  • Est-ce que c’est respectueux pour les autres ?

Si la réponse est “oui” aux deux, je continue. Sinon… je retravaille, je transforme, ou je garde pour moi.


Écrire sur la mémoire familiale : comment s’inspirer du réel sans trahir

En conclusion : la mémoire est une matière vivante


Écrire à partir de la mémoire familiale, ce n’est pas figer le passé. C’est l’honorer en le faisant vibrer autrement.


C’est prendre le relais de ceux qui ne pouvaient pas tout dire.C’est aussi transmettre autrement, à ta manière, avec ta voix, ton filtre, ta sensibilité.


Tu ne trahis pas quand tu inventes. Tu trahis seulement si tu ne respectes pas ce qui t’a été confié. Et ça, crois-moi, ton cœur d’auteur saura faire la différence.



 
 
 

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